31 juil. 2009

JOHNNY, INVENTEUR À 5 ANS !

Histoire de caverne (Saison 2 – Épisode 2)

Jacques et Johnny, J&J, en avaient assez de la domination de mes billes. Johnny venait d'avoir une idée.
« Les disques, ce n'est pas simplement une monnaie concurrente des billes, dit Johnny. Voilà l'idée ! »
Jacques le regarda, interloqué. Mais qu'est-ce qu'il pouvait bien vouloir dire ? Toujours aussi incompréhensible ce Johnny !
Cela avait commencé alors qu'il n'avait que 5 ans. Jacques qui connaissait bien ses parents les avait entendus mille fois raconter la première invention de Johnny.
Ce soir-là, la famille était tranquillement réunie dans sa caverne, - une confortable 3 pièces avec 2 chambres et un living-room -. Le père de Johnny était tailleur de silex, la troisième génération de tailleur, et avait une clientèle bien installée, donc la famille vivait dans l'aisance. Johnny n'avait jamais manqué de rien. Assis dans un coin, il écoutait son père raconter l'histoire du chasseur de mammouth.
« A ce moment, il se dressa, face à l'énorme bête, et poussa un cri terrible. Le mammouth, loin d'être effrayé, continua d'avancer, imperturbable. Il en avait vu d'autres et avait déjà embroché une bonne centaine de chasseurs. Alors ce n'était pas ce petit minus, coléreux et hystérique qui allait lui faire peur. Avec son petit bout de pierre dans la main, il se prenait pour qui !

- Mais pourquoi il ne met pas la pierre au bout d'un morceau de bois, s'exclama Johnny.
- Quoi ? Qu'est ce que tu dis ?
- Eh bien, pourquoi il ne prend pas un long morceau de bois sur lequel il attacherait le silex taillé ? Comme cela il pourrait blesser le mammouth sans s'approcher de lui. »
Un silence se fit dans la caverne.
« Mais d'où tu sors cette idée, dit son père ?
- De nulle part ! C'est juste du bon sens, non ? Comme nos bras sont courts et vulnérables, mieux vaut les prolonger avec des morceaux de bois. C'est d'ailleurs ce que je fais quand je joue avec mes copains.
- Peut-être, mais là on n'est pas en train de jouer avec tes copains. C'est du sérieux : une chasse au mammouth. Alors, merci de ne pas m'interrompre avec tes idioties, et laisse-moi reprendre mon histoire. »
Furieux, Johnny sortit en courant de la caverne, laissant le reste de la famille écouter l'histoire.
Trente minutes plus tard, il était de retour avec une pique en bois à laquelle il avait attaché un silex taillé emprunté au stock de son père.
« Et cela, c'est n'importe quoi, hurla-t-il ? Tu ne crois pas que ton chasseur aurait eu plus de chance face au mammouth s'il était en possession de ça ! »
Son père le regarda sans un mot. La première lance était née. Elle fit la fortune de la famille car son père lança un atelier de fabrication de lances. La carrière de Johnny l'inventeur venait de commencer.
Il ne s'arrêta pas là.
A 10 ans, il inventa le lit de sable : vous prenez un lit normal, c'est-à-dire une pierre à peu près plane, sur laquelle vous répandez une couche de sable fin venant du bord du lac, et vous obtenez une merveille de confort.
A 15 ans, le feu sans fin : vous démarrez normalement un feu avec de la paille, du bois et des silex. Puis vous versez dessus la pâte noire et nauséabonde que l'on trouve à côté de la source de fumée brulante. Et cela durera tant que vous aurez de la pâte noire.
A 20 ans, la peinture murale : vous prenez une caverne normale, un morceau de bois tiré d'un feu – avec ou sans pâte noire, cela n'a pas d'importance – et avec la partie noire du bois, vous faites de drôles de trucs sur les murs.
C'est alors qu'il quitta la caverne familiale pour se lancer directement dans les affaires. Il disparut alors pendant 3 ans. Nul ne sût où il était allé, ni ce qu'il avait fait. Mais à son retour, il avait avec lui des sacs de graines à cuire. Et la recette pour en fabriquer. Une méthode apparemment absurde et pourtant efficace : il suffisait de mettre quelques graines dans le sol et plein de nuits plus tard – un nombre tellement grand que personne n'avait jamais pu les compter -, une grande herbe sortait de terre et le nombre de graines était multiplié. Un miracle, quoi !
Il fit un malheur avec ses graines. Il m'en vendit d'ailleurs, ce qui me donna l'idée de lancer mes pierres (voir les épisodes 1 à 3 de la saison 1). Ensuite, il lança ses disques. Il n'avait que 25 ans.
« Oui, les disques ce n'est pas seulement de la monnaie : cela roule, continua Johnny. »
Évidemment que cela roule puisque ce sont des disques, pensa Jacques…

(à suivre)



27 juil. 2009

QUAND J&J JOUENT AVEC DES DISQUES…

Histoire de caverne (Saison 2 - Épisode 1)

Rappel (rapide !) de la saison 1 (cliquer pour la lire ou relire) : Pour permettre un meilleur développement de mes affaires, j'ai créé la première monnaie sous la forme de pierres. Rapidement, j'ai dû faire face à l'émergence d'une concurrence : Johnny et ses disques. Mes pierres sont alors devenues de billes de couleur et, pour asseoir ma suprématie, avec l'aide de mon ami Jojo le devin, nous avons lancé une agence de notation et de conjoncture. Aujourd'hui nous dominons le marché. Tout va bien…

« Cela ne peut plus durer, dit Jacques, tout en se resservant un verre.
- Oui, tu as raison, lui répondit Johnny. Je ne supporte plus de voir mes disques être dévalorisés sans cesse par le Devin et ses soi-disantes notes de conjoncture. Et en plus, il a maintenant le culot de me demander quelles sont mes prévisions de demande sur les disques. Comme si j'en avais la moindre idée ! Lui non plus d'ailleurs, mais comme il est le Devin, il peut dire ce qu'il veut, tout le monde le croît.
- Et comme Jojo sait que nous sommes amis, le voilà qui vient de prévoir la pluie pour mes nouvelles cavernes au Nord. »
Jacques continuait en effet ses projets d'extension. Il avait déjà tout un ensemble de cavernes avec vue sur le lac (voir notamment l'épisode 3 de la saison 1). Il venait d'avoir l'idée de se lancer dans une nouvelle aventure : créer tout un réseau de cavernes beaucoup plus au Nord à 2 jours de marche. C'était un endroit idéal : une colline avec des cavités naturelles, une vue magnifique sur une grande plaine giboyeuse, une rivière à côté.


Mais il était confronté à un double problème : le financement de son projet et la distance.
Pour le financement, il pouvait prendre appui sur ses cavernes existantes et le revenu qu'elles dégageaient. Mais cela ne suffisait pas : il devait emprunter de l'argent, et même pas mal. C'est pourquoi la prévision de pluie faite par Jojo – il continuait à l'appeler ainsi, car il l'avait connu à ses débuts, et il avait du mal avec son titre de Devin –, ne l'arrangeait vraiment pas. Il comptait aussi sur Johnny pour l'aider, mais cela supposait que ses disques se revalorisent. Et là à nouveau, il trouvait le Devin sur son chemin.
Pour la distance, il allait falloir tout porter sur une longue distance. Cela allait compliquer tous les travaux, au moins au début. Ensuite, il devrait pouvoir trouver sur place ce dont il avait besoin, et les ouvriers logeraient dans les premières cavernes. A leurs frais, bien sûr… Il faudrait aussi aménager le chemin pour aller à ces cavernes, sinon personne ne voudra s'y rendre.
Pas facile.
Machinalement, Johnny et Jacques – J&J comme on les appelait souvent – jouaient avec des disques sans s'en rendre compte. Dans un moment de colère, plusieurs leur échappèrent des mains.
Jacques pesta encore un peu plus contre lui. Si en plus, on en vient à casser le peu d'argent que l'on a, se dit-il à lui-même.
A l'inverse, l'œil de Johnny s'alluma tout en regardant les disques rebondir et se mettre à rouler sur le sol.
« Je crois que je viens d'avoir une idée. Et même une sacrée idée ! »
(à suivre)


24 juil. 2009

HISTOIRE DE BLOG

Du Neuromanagement au Lâcher-prise, 10 mois et près de 250 articles

Fin septembre dernier, j'ai commencé ce blog. Son objectif initial était de contribuer à faire connaître mon livre Neuromanagement.
Progressivement, il a évolué. Depuis ces dernières semaines, il m'a servi à commencer à mettre en forme mes nouvelles idées et à les tester. Cette "mise en débat" de ce qui va servir pour un prochain livre a été amplifiée par la reprise de bon nombre de mes articles sur d'autres sites, et singulièrement sur Agoravox.
Je me suis aussi "servi" de ce blog comme un moyen de faire passer mes amusements face à l'actualité et des situations.
J'ai volontairement évité les propos directement politiques, car ce n'est pas son objet.

Voilà arrivé le temps des vacances, et donc celui de faire une pause.
Je n'ai toutefois pas voulu que mon blog reste "muet" cet été.
Vous allez donc y trouver, au rythme de 2 épisodes par semaine - le lundi et le vendredi - la saison 2 de mon "histoire de caverne". J'espère que vous vous amuserez autant à la lire que moi à l'écrire.

Fin août, je reprendrai le fil de mes articles quotidiens. Mon nouveau livre sera alors en cours d'écriture, et il y aura naturellement un rebond entre les deux. Je ferai d'ailleurs évoluer alors le nom de mon blog.

D'ici là, je vais plonger à nouveau dans la jungle thaïlandaise et "perdre du temps" à regarder le Mékong se déployer paresseusement. J'espère que cette errance sans programme écrit à l'avance contribuera à aider à la maturation de mon livre, dont le thème central sera justement l'importance du lâcher-prise.
Bonnes vacances à tous !

23 juil. 2009

LES CHÊNES N'EN FONT QU'À LEUR TÊTE

Les truffes, c'est s'ils le veulent bien !

Pour clore, cette "chronique" sur mes relations avec les occupants locaux de ma maison en Provence, après les animaux, quelques lignes sur un végétal, le seigneur des lieux : le chêne truffier.
Lieu de mon conflit avec les sangliers, pères nourriciers de truffes, ils peuvent être blancs ou verts (les chênes verts sont à feuilles persistantes), grands ou petits (voir sur ce sujet, l'article : "Les chênes naissent égaux, mais cela ne dure pas").
J'aime ces arbres qui architecturent le terrain, mais, question truffes, vraiment la plupart ne font rien.
Paresse ? Incompétence ? Rébellion face à ce que l'on attend d'eux ?
Et si c'étaient les plus malins qui arrivaient à cacher si bien leurs truffes que ni les sangliers, ni les chiens ne les trouvaient... J'aime à m'imaginer des chênes complotant de la sorte.

Voilà, j'ai voulu terminer cette première année de mon blog par ces quelques billets d'humeur provençale. Une façon de glisser vers l'été et un peu de vacances.
A demain encore pour un dernier article qui vous introduira le "feuilleton de l'été" (mis en ligne au cours du mois d'août)....

22 juil. 2009

NON, JE NE SUIS PAS EN GUERRE CONTRE LE MONDE ANIMAL

Abeilles, fourmis et même crocodiles je vous aime !

Au travers de mes deux derniers écrits, je ne voudrais pas vous avoir donné l'impression que je suis en lutte avec tout le monde animal. Non, à part ma haine contre un pivert obstiné et mes démêlés avec des sangliers fantomatiques, tout va bien !
Côté abeilles, nous avons un "gentleman agreement" qui fonctionne bien : je plante des lavandes et les entretiens, elles butinent... et j'achète du miel.
Côté guêpes, c'est plus compliqué, mais nous avons trouvé un modus vivendi : chacun vit sa vie, car nous n'avons pas grand chose à nous dire. Elles viennent boire l'eau de la piscine, et, tant qu'elles ne piquent pas, tout va bien. Quand elles prospèrent de trop, je fais procéder à un "léger" contrôle des naissances sur les toits où elles habitent.
Côté fourmis, là non plus, rien de particulier, on cohabite : je contribue à leur subsistance au travers de tout ce qui tombe par terre ; elles mènent une existence fébrile à laquelle je ne comprends pas grand chose. Cela amuse certains des enfants de passage, fait peur à d'autres : elles font partie du folklore local.
Enfin côté crocodiles, c'est l'entente cordiale. Eh oui, il y a des crocodiles en Drôme provençale ! Même des crocodiles nucléaires, la plus grande ferme d'Europe. Ces êtres apparemment placides, immergés dans des eaux chauffées grâce à la centrale de Pierrelatte, font le bonheur des enfants. Il est vrai qu'ils ne quittent pas leur enclos...
Restent plein d'autres animaux - taupes, frelons, araignées, ... - avec lesquels la cohabitation ne pose pas non plus de problèmes particuliers. J'espère que d'avoir choisi de m'arrêter plutôt sur d'autres, ne les vexera pas. Mais je suis confiant, je les connais.
Reste que, face au pivert, ils ne font rien pour m'aider...

21 juil. 2009

LA GUERRE DES TRUFFES A LIEU

Il n'y a pas d'entente possible quand on veut la même chose !

Je vous ai parlé hier de ma "haine" d'un pivert. J'ai aussi des problèmes avec des sangliers.
Mais à la différence du pivert, ils respectent eux l'intégrité de mon patrimoine immobilier - le pivert ferait bien d'en prendre de la graine ! - et notre conflit est localisé dans le terrain, et plus précisément, autour des chênes truffiers.
Pourquoi je parle de conflit et non pas de confrontation ? Parce qu'il n'y a pas de doute : nous voulons la même chose. Nous ne divergeons pas seulement sur la méthode - ils ont leur groin, nous avons un chien -, mais nous sommes en compétition pour la conquête de la même chose : les truffes ! Toutes les truffes qu'ils mangent, c'est autant que je n'aurai pas. Pas de compromis, ni d'entente possibles.
Pourquoi les sangliers aiment-ils les truffes ? Bonne question. Sont-ils amoureux du goût ? Ou alors la truffe a-t-elle une valeur énergétique idéale recommandée dans le cadre d'un régime alimentaire ? Ou une affaire de fétichisme liée à une histoire qui remonterait aux origines des sangliers et des truffes ? Je ne sais pas. Mais ce qui est sûr, c'est qu'ils aiment les truffes. Et moi aussi...
Dernière remarque sur ce conflit qui dure depuis plus de vingt ans. Je n'ai encore jamais pu voir un seul sanglier. D'autres les ont vus, moi pas. M'évitent-ils ? Se sentent-ils coupables ? Craintifs ? Ou est-ce juste, une fois de plus, la loi du hasard ? Ou ... ? Ce que je vois, c'est, au matin, les dégâts, le sol labouré...
Mais malgré tout, ces sangliers me sont plus "sympathiques" que le pivert : lui, il s'attaque à la maison, c'est pire. Je peux comprendre et, à la limite, accepter que des sangliers mangent des truffes, c'est dans leur nature.
Mais qu'un pivert transforme des volets en gruyère, non !

20 juil. 2009

JE HAIS UN PIVERT !

Il y a des limites à ne pas à franchir… même pour les piverts

J'aime la campagne, son calme, le rythme naturel de la vie, celui des arbres, des animaux… et bien sûr aussi des oiseaux. Ou plutôt, des oiseaux en général, car je fais actuellement un blocage mental sur un pivert.

Je m'explique.

Tout a débuté il y a 2 ans quand ce pivert a commencé à exercer ses talents de perforateur sur les volets de ma maison en Provence.

Au début, rien de très spectaculaire. Était-il encore un dilettante à l'époque, ou alors trop jeune, ou trop peu expérimenté.

Toujours est-il que ses trous étaient peu nombreux et qu'il ne s'attaquait pas aux volets de la maison principale, préférant les volets en pin de la maison secondaire.

Puis tout a dégénéré quand il est tombé « amoureux » des volets en bois exotique. Il a amélioré sa technique en étant capable de s'attaquer même aux portes du garage, tout en faisant des ronds presque parfaits.

Il est alors entré dans une attaque délibérée de tous les volets et portes de ma maison. A ce jour, bien peu y ont échappé… mais pour combien de temps ? Les photos ci-jointes vous donnent une idée de son œuvre et de son talent.

Je reconnais que ce pivert est un « être d'exception », une forme d'artiste à sa façon, mais, là, il exagère vraiment.

Un matin alors que j'étais seul dans la maison, j'ai été réveillé par des coups réguliers. Un toc toc inconnu et entêtant. J'ai mis quelques minutes à comprendre qu'il devait s'agir de lui – le pivert – en train de s'attaquer au volet de la fenêtre de ma chambre. Je me suis alors précipité dans la salle de bain attenante, me suis penché par la fenêtre et l'ai vu, consciencieusement au travail. Il a tourné la tête. Pendant une seconde, nous nous sommes regardés, puis il a, lâchement, pris la fuite. Ce jour-là, j'ai regretté de ne pas être chasseur et de ne pas avoir une carabine.

Faire le vide, évacuer la haine accumulée, savoir prendre la vie comme elle vient, c'est facile à dire… mais quand on est face à une telle obstination, une telle volonté de nuire… Car enfin, des arbres, il y en a partout tout autour. Alors pourquoi s'en prendre à mes volets ? Que lui ai-je fait ? A-t-il été martyrisé dans sa petite enfance ? Est-ce qu'il ne supporte pas les lieux clos et obscurs ? Ou ….

Veuillez m'excuser de vous avoir pris à témoin de ce combat personnel, mais ce blog est aussi pour moi un exutoire. Et peut-être que le pivert va sur internet et lit mon blog. Qui sait ? Ou alors un de ses amis ? Et peut-être prendra-t-il conscience qu'il a largement dépassé les limites de la bienséance.

Car, comme cet enfant victime des agissements de son poisson rouge (voir la vidéo), je dis au pivert : « Tu pousses le bouchon un peu trop loin, Maurice ! ».

17 juil. 2009

« LE CHANGEMENT SE SUFFIT À LUI-MÊME, IL EST L’ÉTOFFE MÊME DU MOI ET DU MONDE »

Patchwork tiré de « Leçon sur la perception du changement de Henri Bergson par Jacques Ricot »

Sur le mouvement et le changement…

« A vrai dire, il n'y a jamais d'immobilité véritable, si nous entendons par là une absence de mouvement. Le mouvement est la réalité même, et ce que nous appelons immobilité est un certain état de choses analogue à ce qui se produit quand deux trains marchent à la même vitesse, dans le même sens, sur deux voies parallèles : chacun des deux trains est alors immobile pour les voyageurs assis dans l'autre. »

« Mais de quel droit avons-nous confondu le mouvement et l'espace qu'il parcourt ?... L'objet n'est pas un point, il y passe… L'immobilité n'est qu'une illusion spéculative née des besoins de la vie usuelle… Et, d'un but atteint à un autre but atteint, d'un repos à un repos, notre activité se transporte par une série de bonds, pendant lesquels notre conscience se détourne le plus possible du mouvement s'accomplissant pour ne regarder que l'image anticipée du mouvement accompli … Notre intelligence pense toujours en vue de l'action et c'est pourquoi elle doit prendre des vues stables sur le mouvant… Et la distance infranchissable qui sépare l'immobilité de la mobilité est de même nature que celle qui différencie les lettres de l'alphabet de la signification d'un poème. »

Sur la vue et l'ouïe…

« Écoutons une mélodie en nous laissant bercer par elle : n'avons-nous pas la perception nette d'un mouvement qui n'est pas attaché à un mobile, d'un changement sans que rien qui change ? Ce changement se suffit, il est la chose même… Sans doute nous avons une tendance à la diviser et à nous représenter, au lieu de la continuité ininterrompue de la mélodie, la juxtaposition de notes distinctes (…) parce que notre perception auditive a pris l'habitude de s'imprégner d'images visuelles… Faisons abstraction de ces images spatiales : il reste le changement pur, se suffisant à lui-même, nullement divisé, nullement attaché à une « chose » qui change… La vue est le sens de l'espace, l'ouïe est le sens du temps… Ainsi la page d'un livre est-elle composée d'un arrangement de lettres et de mots que l'on peut parcourir plusieurs fois et sur lesquels ont peut revenir… Par l'oreille, nous vivons au rythme de l'écoulement temporel et le champ auditif est celui de l'enchaînement inéluctable de sons que nous ne pouvons aménager à notre guide, car la propriété essentielle du temps est l'irréversibilité.»

Sur le moi et l'identité…

« Mais nulle part la substantialité du changement n'est aussi visible, aussi palpable, que dans le domaine de la vie intérieure. Les difficultés et contradictions de tout genre auxquelles ont abouti les théories de la personnalité viennent de ce que l'on s'est représenté, d'une part, une série d'états psychologiques distincts, chacun invariable, qui produiraient les variations du moi par leur succession même, et d'autre part un moi, non moins invariable, qui leur servirait de support… Il y a simplement la mélodie continue de notre vie intérieure, - une mélodie qui se poursuit et se poursuivra, du commencement à la fin de notre existence consciente. Notre personnalité est cela même… : La personnalité est tout entière dans la continuité mouvante et indivisible de la vie intérieure. Et c'est dans cette continuité que réside la substance du moi. »

Sur la conscience, le passé et le présent…

« Notre conscience nous dit que, lorsque nous parlons du présent, c'est à un certain intervalle de durée que nous pensons. Quelle durée ? Impossible de la fixer exactement ; c'st quelque chose d'assez flottant… En un mot, notre présent tombe dans le passé quand nous cessons de lui attribuer un intérêt actuel… Le passé est très exactement ce que l'attention ne tient plus sous son regard. »

« Le passé se conserve de lui-même, automatiquement… Ces faits, avec beaucoup d'autres, concourent à prouver que le cerveau sert ici à choisir dans le passé, à le diminuer, à le simplifier, à l'utiliser, mais non pas à le conserver… Mais cette opération n'appartient pas à la conscience, c'est la nature qui a inventé ce mécanisme, le cerveau, chargé de filtrer le passé. Le cerveau élimine le passé inutile à l'action pour ne retenir que ce qui peut servir le moment présent. ».

Sur ce qui existe vraiment…

« Il suffit d'être convaincu une fois pour toutes que la réalité est changement, que le changement est indivisible, et que, dans un changement indivisible, le passé fait corps avec le présent. »

« L'idée de détermination nécessaire perd toute espèce de signification, puisque le passé y fait corps avec le présent et crée sans cesse avec lui – ne fut-ce que par le fait de s'y ajouter – quelque chose d'absolument nouveau… Dans une situation analogue à celle des deux trains (…), c'est un certain réglage de la mobilité sur la mobilité qui produit l'effet de l'immobilité. »

16 juil. 2009

POURQUOI UN SHAMPOOING POUR CHEVEUX BLONDS ET PAS UN CARBURANT POUR 4X4 ?

Un marché est tel que ce que les leaders en ont fait

Quoi de plus différent que le marché du shampooing et celui du carburant ?

D'un côté, le marché du shampooing est un marché extrêmement segmenté avec des propositions multiples, adaptées à la nature des cheveux (gras, secs ; lisses, frisés…), leur couleur (blond, brun, …), l'âge (enfant, adulte) et encore plein d'autres critères (cheveux colorés, produit naturel, …). Cette « sophistication » progresse sans cesse et le linéaire des shampooings s'allonge, ressemblant de plus en plus à une mosaïque de couleurs et d'étiquettes.

De l'autre côté, le carburant reste quasiment un « mono-produit » avec tellement peu de variantes qu'il est facile de les citer : gasoil normal et « plus », super 95, super 98, super 98 plus, GPL. Soit donc nettement moins de 10 possibilités, et moins de 5 si l'on se limite à l'essence. Rien à voir donc. Essayez seulement de citer combien il y a de sortes de shampooings !

Pourtant il y a bien une segmentation croissante du marché automobile : là aussi comme pour le shampooing, on affine sans cesse la finesse de la segmentation. Alors pourquoi à ce client qui a choisi un 4x4, on ne lui propose pas un carburant « spécialement adapté » à un véhicule comme le sien ? Et à ce collectionneur de vieilles voitures, pourquoi ne pas lui proposer un autre carburant assurant une meilleure conservation des moteurs ?

Vous pensez qu'une telle approche serait difficile et que le client ne pas se laisser convaincre si facilement ? Oui, bien sûr, mais était-ce plus facile de nous convaincre que nous avions besoin de tant de shampooings ? Est-ce que l'on s'intéresse moins à nos voitures qu'à nos cheveux ?

Je ne crois pas. Tout ceci est le résultat du jeu des acteurs en place.

Pour le shampooing, L'Oréal, Unilever et Procter & Gamble – pour ne citer que les plus grands – ont investi continûment pour nous convaincre de la pertinence de leurs propositions. N'ayant pas de barrières à l'entrée en amont, ayant à leur tête des dirigeants de culture marketing et commerciale, ils ont donné la priorité à la diversification produit et à la création de capital de marques. Résultat : plus personne « n'oserait » se laver les cheveux avec un savon…

Pour le carburant, Esso, Shell, Total et les autres ont centré leur action sur l'industrialisation de la distribution : standardisation du produit et interchangeabilité entre marques. Disposant des barrières à l'entrée fortes en amont, ayant à leur tête des dirigeants de culture industrielle, ils ont donné la priorité à la simplification du produit. Résultat : la valeur de la marque produit est très faible et nous achetons quasiment indifféremment là ou ailleurs.

Ces deux stratégies étaient pertinentes et adaptées à la logique des acteurs en place. Elles étaient possibles compte-tenu des contraintes.

Ainsi un marché est d'abord le résultat de ce que l'on a fait : il est la sédimentation des efforts, des succès et des échecs.

15 juil. 2009

ON NE PEUT PAS GAGNER AU GO EN FAISANT DES PRÉVISIONS

Savoir se centrer sur ce que l'on fait


Arrêtons-nous pour regarder comment procède un bon joueur de go (qu'est-ce que le go ?).

Comme le damier est composé de 19 lignes et 19 colonnes, soit donc 361 intersections, et que chaque joueur a 180 pions, le nombre de combinaisons théoriquement possibles est considérable. L'incertitude est donc forte et cela fait bien sur du plaisir du jeu.

Que fait donc ce joueur ? Est-ce qu'il focalise son énergie sur le calcul de probabilités ? Essaie-t-il de limiter cette incertitude ? Cherche-t-il à modéliser les futurs possibles ?

Non. Il se focalise sur ce qu'il peut faire, sur les pions qu'il pose. Il a en tête un dessin qu'il va chercher à mettre en œuvre : ce dessin est une perspective qui oriente ses choix, mais ne constitue pas une forme précise ; viser ce dessin est son dessein. Pion après pion, il est préoccupé par ses degrés de liberté : il cherche à construire un ensemble le plus solide possible et le plus « résistant » à toute attaque.

Il ne se préoccupe pas vraiment de ce que fait son adversaire, ou, du moins, pas tant que cela ne vient pas interférer dans son propre dessein.

Souvent il ne gagnera que par l'effet et la puissance de la forme qu'il a dessinée.

Pourquoi ne pas faire de même en entreprise ? Pourquoi s'épuiser à vouloir prévoir l'évolution de son marché ? Pourquoi construire des tableaux excel avec de multiples « macro » (ces fameuses règles de calcul « automatiques » qui vont tout actualiser et tout relier), et, à partir de la situation actuelle, itérer pour produire un futur théorique et représentatif uniquement des hypothèses mises ?

Comment imaginer que l'on pourra obtenir une prévision fiable avec un damier est infini, un nombre de dimensions bien supérieur à 2, des acteurs fluctuants ? Prévoir le temps est un jeu d'enfants à côté !

Pourquoi ne pas se centrer sur ce que l'on veut faire – son dessein – et sur ce que l'on peut faire ? Pourquoi ne pas chercher « simplement » à se rapprocher de son objectif tout en renforçant la solidité de son entreprise face aux aléas, sa résilience ?

Et s'il faut fournir une prévision pour son marché – le monde financier vit encore dans l'illusion des prévisions –, ne pas y passer trop de temps…

13 juil. 2009

A LA QUESTION « POURQUOI SOMMES-NOUS LÀ ? », LA MEILLEURE RÉPONSE EST « PARCE QUE NOUS SOMMES LÀ ! »

Pourquoi des pourquoi ?

Nous éprouvons constamment le besoin de savoir pourquoi nous sommes là et pas ailleurs.

Cette question, qui prend rapidement des dimensions métaphysiques, n'est pas seulement présente dans le tréfonds des dépressions individuelles, elle est aussi là dans bon nombre de séminaires stratégiques se penchant sur « le comment et le pourquoi » des grandes entreprises – je le sais pour y avoir été ! –.

Questions sans fin, gouffres des interrogations, enchainements des pourquoi et des « et si »…

Depuis six mois, je viens d'entreprendre un « voyage » parmi les mathématiques du chaos, la théorie des cordes et les nouvelles visions de l'évolution. J'ai aussi fait un détour par quelques lectures d'écrits philosophiques et bouddhistes. Mon blog en a été un peu le journal, et si vous m'avez lu, ne serait-ce que de temps en temps, vous en avez été le témoin.

De tout cela, j'en ressors avec la conviction que le vrai moteur de notre monde, et donc de nous vivants, est l'accroissement de l'incertitude.

Je perçois comme cela peut être perturbant. J'aurai l'occasion dans un livre à venir de développer ce point, mais, pour l'instant, merci d'en accepter le raccourci – si vous le désirez, n'hésitez pas à utiliser les commentaires pour vous insurger contre ce que je dis ou me demander de préciser mon propos.

Et donc pourquoi sommes-nous là ? Eh bien la réponse est facile : parce que nous ne sommes pas ailleurs. Étant là, comme l'ubiquité n'existe pas, nous n'avons pas d'autre choix, d'autre alternative. Il n'était pas écrit que nous devions être là, il n'était pas écrit que, un jour, un insecte percerait une peau et donnerait naissance au moustique (voir « Pourquoi le moustique pique-t-il ? »), mais comme c'est arrivé, c'est ce qui existe.

Nous n'étions pas un présent nécessaire, mais seulement un parmi les possibles… et c'est ce qui est arrivé.

Pourquoi sommes-nous là ? Parce que nous sommes là. Et rien de plus…

Réapprenons à ne pas trop nous poser les questions inutiles et concentrons sur l'endroit où nous nous trouvons et sur les possibilités présentes et sous-jacentes. Sans raison claire, tout ceci me rappelle mon voyage en Inde de l'été dernier et la rencontre avec ce joueur de musique perdu au milieu d'un paysage de dunes…

10 juil. 2009

SAVOIR AVEC UNE EXTRÊME PRÉCISION LES RAISONS POUR LESQUELLES NOUS NE SAVONS PAS

Patchwork tiré de « Notre existence a-t-elle un sens ? » de Jean Staune

« La psychanalyse et la notion d'inconscient conduiront à affirmer que l'homme n'étant pas au centre du monde, il n'est pas non plus au centre de lui-même, puisqu'une grande partie de ses actes sont dictés par quelque chose dont justement il n'est pas conscient. Avec une grande lucidité (et une grande immodestie !), Freud en arrivera à parler de la « triple humiliation » infligée pat Copernic, Darwin et … Freud. »

« Issus de l'étude de l'infiniment petit (la physique quantique) et de l'infiniment grand (l'astrophysique), ces nouveaux paradigmes sont ensuite apparus en logique, puis dans l'étude de la vie (biologie) et, enfin, celle de la conscience… La méthode scientifique nous permet de savoir avec une extrême précision les raisons pour lesquelles nous ne savons pas et, dans bien des cas, les raisons pour lesquelles nous ne saurons jamais certaines choses… Alors que l'ancien paradigme était fondé sur la certitude et sur le réductionnisme, et refermait sur lui-même le réel dans lequel nous évoluons, les nouveaux paradigmes sont ceux de l'ouverture. »

« Prenez un poisson dans un aquarium filmé par deux objectifs et projeté sous forme de deux images. Que se passe-t-il pour un spectateur qui ne voit que les écrans ? Tout ce qui arrive à l'image du premier écran semble avoir une répercussion immédiate sur celle du second écran. »

« La nature produit parfois des monstres mais, en général, ils ne sont pas viables. Toutefois, supposons qu'un monstre sur cent mille le soit. Il serait alors un « monstre prometteur » susceptible de s'adapter à un mode d'existence différent de celui de ses parents. »

« Les systèmes organiques sont essentiellement des réalités allant du tout vers la partie (top-down). Les formes organiques sont des totalités non modulaires, elles ont un ordre qui leur est propre et qui se manifeste que dans le fonctionnement du tout (…) Les ensembles organiques ne peuvent pas être bâtis morceau par morceau à partir des molécules indépendantes, parce leurs parties n'existent qu'à travers la totalité. »

« La vie se caractérise par l'énorme marge de sécurité, l'immense adaptabilité à des variations très étendues du milieu, la pluralité des solutions, également fonctionnelle au problème. L'étroitesse de l'adaptation, c'est la mort : les spécialisations raffinées des organes ne sont souvent que de l'art pour l'art, développées sans nécessité »

« Il ya des facteurs internes qui limitent le champ des possibles, qui orientent la façon dont se sont produits les changements évolutifs, c'est-à-dire des contraintes de développement. Pour moi, ces contraintes sont fondamentales, elles nous permettent de comprendre pourquoi l'évolution a reproduit un certain nombre de fois des phénomènes semblables, c'est-à-dire a suivi, dans un certain nombre de cas, des parcours évolutifs que la sélection seule n'aurait pas suffi à faire revenir aussi souvent, à mon avis. »

9 juil. 2009

« GOUVERNER CE N’EST PAS PRÉVOIR, GOUVERNER C’EST DÉCIDER »

Affirmation en forme d'aveu...

Lors d'une intervention sur Europe 1 le 14 juin, Henri Guaino, conseiller spécial du Président de la République, a dit « Non la crise n'est pas finie, nul ne sait si elle s'aggravera. Nul ne sait quand elle se terminera. … Gouverner, ce n'est pas prévoir, gouverner, c'est décider, gouverner, c'est agir ».

Sans entrer dans le fonds du débat politique – ce n'est pas l'objet de cet article –, quel changement de ton ! Enfin, un responsable affirme haut et clair qu'il est illusoire de prévoir et que diriger, c'est agir.

Et pourtant le discours politique est parsemé de prévisions, d'engagements hypothétiques et de promesses.

Effectivement, il est plus efficace de se centrer sur la situation actuelle et les marges de manœuvre immédiates.

Ceci peut – et même doit – aller de pair avec une réflexion sur la direction que l'on veut prendre. Il ne s'agit plus alors de prévisions, mais de vision ou de projet : savoir trouver la « mer » vers laquelle on veut aller… et ensuite faire au mieux pour le cours du fleuve


8 juil. 2009

À FORCE DE PRÉVISIONS FAUSSES, PLUS PERSONNE NE CROIT À RIEN

Apprenons à vivre avec l'incertitude

Selon de nombreux philosophes, l'évolution de la science et la perte de repères associée débouchent sur un « désenchantement du monde ».

On peut discuter de l'importance ou non de cette tendance, mais une autre tendance est certaine : les discours des politiques et des experts, qui veulent à tout prix annoncer des prévisions et des programmes, débouchent sur une vague croissante de scepticisme.

A force de voir que les promesses ne sont pas tenues, plus personne ne croît à rien. Or elles ne sont pas tenues non pas parce que les hommes politiques ou les experts nous mentent, mais parce qu'il est simplement impossible de prévoir : il est illusoire d'imaginer que l'on peut limiter l'incertitude. Elle fait partie de notre monde. L'évolution de la société et de l'économie ne sont pas plus planifiables que la météo.

Or cette désillusion se propage bien au-delà de la sphère politique. C'est toute la vie collective qui est de plus en plus polluée, et notamment celle des entreprises. On croît de moins en moins ce que dit une entreprise : par construction, tout discours est suspect, tout engagement est douteux, tout parole est mensonge.

Je l'ai vécu dernièrement à l'occasion d'une réunion publique tenue par un industriel. Il avait beau dire ce qu'il voulait, prendre des engagements précis et chiffrés, préciser que tout ceci serait contrôlé par l'administration, rien n'y faisait : le public ne le croyait pas.

« Vous dites cela pour obtenir votre autorisation, mais après vous allez faire le contraire ! ». Tel était le propos dominant.

Autre exemple : les voisins d'une antenne relais de téléphone mobile affirment avoir des troubles de santé. Quand l'entreprise incriminée annonce que cette antenne n'est pas en service, personne ne la croît. Facile à vérifier pourtant, non ?

Faisons attention, car une collectivité peut se déliter si la confiance mutuelle n'est plus là.

Or tant que nous continuerons à vouloir prévoir l'imprévisible, à affirmer que l'on sait alors que l'on ne sait pas, on fera des promesses intenables.

Apprenons à vivre collectivement et individuellement avec l'incertitude…

7 juil. 2009

MON CORPS « SAIT-IL » POUR MOI ?

Comment relier deux événements distants de 9 mois ?

Il y a quelques jours, j'écoutais distraitement Europe 1. J'ai souvent la radio qui fonctionne comme un arrière-plan. Mon oreille « mentale » fut arrêtée par le propos suivant (je le cite de mémoire, donc je ne reprends pas les mots exacts, mais l'idée était bien celle-là) :

« Avec un temps de grossesse de 9 mois, comment les hommes et les femmes auraient-ils pu aux temps préhistoriques relier le fait de faire l'amour un jour J avec la naissance 9 mois plus tard ? Le test de grossesse n'existait pas ! Pour eux, cela devait rester mystérieux. Il s'écoule en effet plusieurs semaines avant que l'on puisse réellement voir que l'on est enceinte. Donc il fallait que l'homme et la femme aient envie de faire l'amour « spontanément » et non pas pour procréer. Nous avons donc probablement été « programmés » pour aimer faire l'amour souvent, et ainsi assurer la survie et le développement de notre espèce. Besoin d'amour et d'érotisme étaient nécessaires ! »

Cette idée m'a d'abord amusé, puis interpellé. Dans son propos, l'intervenant tenait un raisonnement logique et apparemment rationnel. Simplement, implicitement, il limitait sa réflexion à partie consciente de l'homme : oui, consciemment, l'homme et la femme ne pouvaient pas comprendre que l'acte sexuel était directement relié à la naissance. Et donc consciemment, ils ne pouvaient pas décider de faire l'amour pour avoir un enfant.

Mais comment savoir ce qui se passe au niveau des processus inconscients, qui sont par essence inaccessibles à la conscience ? Peut-être que, dès le début de sa grossesse, la femme « sait » qu'elle est enceinte. Mais une connaissance non verbale, non sémantique, non pensée. Une connaissance qui viendrait innerver les processus inconscients et « peser » les décisions…

6 juil. 2009

IL EST BON DE SAUTER D’UNE FENÊTRE DE TEMPS EN TEMPS

Quoiqu'il arrive, la bonne question à se poser est : « Est-ce que cela peut marcher ? »

Le dernier film de Woody Allen, « Whatever works », est un hymne au hasard et aux chocs de l a vie.

Prenez une collection hétéroclite et improbable : un physicien vieillissant et méchamment caustique, une jeune sudiste encore naïve et perdue dans Manhattan, une mère coincée et pleine de certitudes, un photographe, un jeune acteur, un père qui ne sait pas qu'il est homosexuel, …

Vous mettez le tout dans le bocal new-yorkais, vous secouez bien et vous laissez agir. Au besoin, vous faites sauter deux fois le personnage central par une fenêtre, histoire de mettre un peu plus de sel.

Et vous obtenez une comédie joyeuse où le meilleur (du moins dans la durée du film !) va sortir de ce brouhaha.

Pourquoi se fatiguer à prévoir sa vie, puisqu'elle va naître de ces rencontres imprévues ? Tout peut commencer et s'arrêter à tout moment, sans raison.

Comment dès lors porter un jugement quelconque sur ce qui se passe ? Pourquoi choisir et se poser des questions ?

Quoi qu'il arrive, la seule question serait ainsi : « Est-ce que cela marche ? ».

Si oui, profitons-en le temps que cela marche et on verra bien pour la suite. Si non, faisons le dos rond et attendons le choc suivant.

Philosophie un brin désenchantée, mais pragmatique et revigorante !

3 juil. 2009

« DEVENEZ BEAU, RICHE ET INTELLIGENT AVEC POWERPOINT, EXCEL ET WORD »

La complexité du monde est telle qu'on ne contrôle plus rien et, à défaut de contrôler, on déguise…

Mon article « Prévoir, c'est aller contre la logique de notre monde » a été publié sur AgoraVox et, grâce à un commentaire, j'ai pu découvrir « Devenez beau, riche et intelligent avec PowerPoint, Excel et Word » de Rafi Haladjian qui venait en écho avec l'absurdité des prévisions.

En voici quelques extraits :

« Car, quoi qu'on fasse, il est peu probable qu'il se trouvera beaucoup de dirigeants ayant l'honnêteté ultime d'avouer leur véritable secret : la complexité du monde est telle qu'on ne contrôle plus rien et, à défaut de contrôler, on déguise. Et pourtant il serait sain de répéter franchement ce refrain : notre environnement est devenu extrêmement complexe et nous ne sommes plus capables d'en prévoir les comportements. Voilà. Il n'y a pas de honte à cela… Pour elles, l'Incertitude est une hérésie, un état accidentel dû à un manque de statistiques ou de théories disponibles. Laissez-leur du temps, elles trouveront la loi universelle pour expliquer

les phénomènes et vendre leurs prédictions. Il va pourtant falloir nous faire à un état d'incertitude permanent et tout réinventer pour vivre sereinement avec. La certitude est aujourd'hui mortelle, et entretenir l'illusion d'un monde maîtrisé et mécaniquement prévisible peut être criminel. Le monde ne ressemble pas à Excel.

À qui parlez-vous vraiment ? Qui est qui ? Qui fait quoi ? Quel est le produit ? Qui fournit quoi ? Qui est mon fournisseur ? Qui est mon concurrent ? Quel est mon territoire ? Chaque objet a du mal à dire son nom, à s'ancrer dans un qualificatif qui le rendrait manipulable. Par la combinaison des sujets les uns avec les autres, leur grande interconnexion, leur interdépendance permanente, leur jeu de réaction et d'adaptation, notre paysage devient visqueux. Savez-vous encore tracer un cercle précis autour des choses, les délimiter, saisir tous les états d'un environnement polymorphe et en permanente mutation ? Les approches réductrices, discrètes, deviennent arbitraires et intenables. Sur toutes nos photos le sujet a bougé et le résultat est flou.

Un grand tableau Excel (comme par exemple un business plan quinquennal) est avant tout un Système Complexe. Il n'est pas seulement la somme de quelques fonctions isolées scotchées ensemble. Un business n'est qu'un fragment d'un environnement plus large, un pauvre m² dans le grand tableur de l'univers, une fenêtre ouverte sur une portion de l'écosystème dans lequel il s'inscrit. Vous pouvez à la rigueur modéliser un écosystème, en suivre les évolutions. Mais il reste hasardeux d'investir dans ses comportements futurs. Dans un tableur idéal, le froissement des ailes d'un papillon dans la cellule A1 devrait pouvoir provoquer un cataclysme dans la cellule IV65536… Nous sommes ici dans l'univers déterministe hérité de Laplace, pur produit du début de l'ère industrielle. Selon cette approche mécaniste, dès lors qu'on dispose de toute l'information statistique, de l'intelligence nécessaire et de la force de calcul, il n'est pas impossible de prévoir n'importe quel événement du passé ou de l'avenir. Excel apporte le calcul, vous apportez l'intelligence, et à vous deux vous pouvez envahir le futur.

Avec la mondialisation et l'interconnexion globale, le nombre de pièces à bouger a augmenté ; l'échiquier s'est restreint en s'élargissant ; le nombre de joueurs se situe entre l'indéfini et l'infini. La règle n'a pas changé, mais le nombre de mouvements possibles dans le jeu s'est exponentiellement accru. L'ancienne économie ne connaissait que le durable et le certain. Elle a appliqué ses grilles de lecture à la nouvelle économie. Elle a cru aux résultats projetés des startups puisque ceux-ci étaient obtenus par ses procédés séculaires. Elle a forcé les entrepreneurs à lui mentir et, cocue, elle le leur a reproché. C'est de la collision de l'ancienne et de la nouvelle économie qu'est née l'absurdité des valorisations.

Mais, alors que nous voyons se liquéfier le futur, les docteurs, savants et professeurs de la finance continuent à vous poser la question rituelle : « Comment voyez-vous votre entreprise dans cinq ans ? » Qui a dit que toute entreprise est forcément faite pour durer ? Qu'elle est créée pour quatre-vingt-dix-neuf ans comme le prévoient en standard les statuts des sociétés françaises ? Que l'éternité est souhaitable ? Dans l'industrie du cinéma, chaque film est une entreprise qui réunit, pendant un certain nombre de mois, une équipe, une organisation, un budget ; cette entreprise produit ses résultats puis disparaît. Après une plus ou moins brillante carrière, ces films retombent dans le fond des cassettes toujours disponibles de votre vidéo-club. Ne peut-on pas concevoir des entreprises sur le même modèle ? Des entreprises « jetables », ou des méta-entreprises qui feraient des projets jetables ?

Or, dans un environnement complexe, les changements ne sont jamais linéaires, jamais dans la continuité logique de ce qui précède et par là même impossibles à anticiper en suivant les sentiers balisés de la sacro-sainte expérience. L'attitude adulte extrême d'aujourd'hui, la méta-expérience serait de dire : « Nous n'avons pensé à rien, c'est pourquoi nous sommes capables de parer à toute éventualité. »

En somme, il vaut mieux dire « on verra bien » que de chanter « on a tout prévu ». Mais qui est prêt à entendre le message de l'incertitude assumée, de l'Incertitude professionnelle ? Soumises à la pression de leurs actionnaires vieux baby boomers et par contrecoup de leurs dirigeants jeunes baby boomers, les entreprises essayent d'évacuer l'Incertitude en la transférant à leurs fournisseurs et sous-traitants. »

2 juil. 2009

LES VILLES NE SONT PAS LE LIEU DU VIVANT

Quand mon regard ne rebondit que sur du « construit »

Me voilà depuis quelques jours au milieu de la campagne provençale.

Autour de moi, seule la nature me renvoie son écho : mon regard rebondit alternativement sur des lavandes, des vignes ou des chênes… Tout est vivant autour de moi, la partie minérale est réduite au minimum. Certes, ce vivant a été largement modifié, transformé, planté, mais il n'en reste pas moins vivant : Les « mauvaises herbes » décident de là où elles vont prospérer, les jeunes arbres se développent aléatoirement, les sangliers retournent ce qui leur plaît… ou déplait.

A Paris, le minéral répond à mon regard. Là, la vie en liberté n'est qu'humaine. L'autre est enfermée dans des pots ou se promène au bout d'une laisse. Je ne vois que du mort, du construit détruit, de l'immobile, du prévisible qui viennent environner le monde des humains.

J'exagère, probablement emporté par le jeu des mots et d'un clavier, mais il n'en reste pas moins que ce paysage provençal vient comme un rappel face à la folie de nos villes…

1 juil. 2009

PLUS J’ANALYSE LES MÉCANISMES DU CERVEAU, PLUS JE COMPRENDS QUE JE NE PRÉVOIRAI JAMAIS

Non les neurosciences ne débouchent pas sur une vision mécaniste du monde !

Ma lecture récente de « La denrée mentale » de Vincent Descombes (voir mon article d'hier) m'a fait prendre conscience un peu plus du malentendu que peuvent générer le développement des Neurosciences.

Quelques citations :

« Que penser de l'idée populaire selon laquelle nos cerveaux seraient comme les bibliothèques de nos pensées et de nos croyances ? Est-il possible, au moins en principe, que les chercheurs en science du cerveau en sachent un jour suffisamment sur le fonctionnement de nos cerveaux pour « pénétrer le code cérébral » et « lire dans nos esprits » ? »

« Toute activité, tout incident, toute péripétie de la vie mentale, laissent une trace, puisqu'il y a toujours deux feuilles de papier à considérer, l'original sur lequel les pensées s'expriment sur le mode sémantique ou intentionnel, et un double du côté cérébral, sur lequel les mêmes pensées s'inscrivent, mais sur le mode physique. »

« Quiconque est dans l'état physique de M. Dupont, lorsque M. Dupont pense qu'il doit aller à la banque, doit être en train de penser que lui-même doit aller à la banque (et cela même s'il n'a jamais eu l'occasion d'entendre parler d'une banque pendant toute sa vie) »

« Les états cérébraux dont on nous parle sont des états internes, des états déterminables sans avoir à tenir compte du monde extérieur et de l'historie, alors que les états intentionnels sont justement des états qui sont fonction du monde historique auquel appartient le sujet. »

Ainsi les neurosciences sont perçues comme une tentative d'explication « scientifique » capable de comprendre qui nous sommes, pourquoi nous pensons ceci ou cela, pourquoi nous prenons telle décision plutôt qu'une autre.

Bon nombre d'ouvrages récents viennent d'ailleurs alimenter ce procès : quand on va chercher les neurosciences pour inventer un pseudo « neuromarketing » avec lequel on imagine que l'on va pouvoir prévoir le comportement des consommateurs…

Or les neurosciences nous apprennent tout le contraire. Elles viennent nous dessiner un tableau de la complexité :

- Le cerveau est un enchevêtrement de neurones qui sont nés grâce à notre patrimoine génétique et se sont développés largement au hasard de notre croissance. Prendre une photographie de ce réseau serait en soi une tâche sans fin, et, en comparaison, fait de la météo est un calcul aussi facile que la règle de trois.

- Ces neurones ont des milliards de milliards de connexions – via les synapses – qui sont l'expression sans cesse modifiées de notre histoire, de nos émotions, de nos succès et de nos peurs. Notre histoire est gravée dans nos synapses. Il est illusoire – et heureusement ! – d'imaginer que l'on pourra en faire la cartographie, car elle est d'une complexité gigantesque et fluctuante. Rien que de penser à cette complexité, je viens de modifier certaines de mes synapses…

- Nos décisions sont la résultante de processus conscients et inconscients. Tout ceci mobilise : notre mémoire – qui est à chaque fois reconstruite, car un souvenir n'est pas stocké en un bloc, mais est désagrégé et recomposé ; l'interprétation de ce que nous « disent » nos cinq sens ; les projections que nous faisons des conséquences de nos choix potentiels.

- Notre cerveau n'est qu'un viscère que l'on ne peut penser sans le reste du corps avec lequel il est échange sans cesse. Dès que je pense, mon organisme se modifie dans son ensemble. Dès que la personne que j'aime me touche, la dopamine se répand dans mon cerveau. Finalement je suis … et je pense !

- La caractéristique du vivant est d'être un système ouvert qui échange sans cesse avec le reste du monde. Ce que nous percevons comme notre identité n'est qu'une « fiction » constamment remodelée. Dans une vingtaine d'années, les molécules qui composent mon organisme auront disparu pour la plupart. Et quand je repense à celui que j'étais alors, suis-je si sûr que c'est « moi » ?

Plus nous comprenons le monde, plus nous comprenons que l'incertitude en est le moteur…

 
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