31 juil. 2014

DANS L'INCERTITUDE, LE DÉFI N'EST PAS L'AGILITÉ, MAIS LA STABILITÉ !

Les Matriochkas d’une stratégie résiliante (3) - Best of (6/2/14)

L’agilité est le mot à la mode du management contemporain. Mais, dans le Neuromonde incertain et tourbillonnant, est-ce, à la moindre brise, changer de cap plus vite que les autres ? Qui peut croire que la création de valeur naîtra de tels mouvements erratiques ?
Au contraire, la performance est dans la stabilité, et la capacité à maintenir son cap : arriver à construire dans la durée, sans être désarçonné par tout ce que l’on n’a pas pu prévoir. Tel un fleuve, modifier son cours en fonction des mouvements de terrain, du volume des pluies, des barrages imprévus, mais sans changer de destination.
Aussi si toutes les entreprises sont nées par hasard, intuition ou volonté, celles qui sont devenues des leaders mondiaux durables ont pris, à un moment, le temps de trouver leur mer : elles sont les fleuves qui attirent et structurent le cours des autres.
Ainsi L’Oréal ne cesse jamais de viser la beauté, reste centrée sur les cheveux, la peau et le parfum, développe des marques mondiales dédiées toujours aux mêmes circuits de distribution, tout en en allongeant sans cesse la liste, ne renonce pas à ses principes d’action, … avec au cœur, une réactivité extraordinaire, celle de l’énergie de la vie : les actes élaborent des produits, produits qui construisent des marques, marques qui rapprochent l’entreprise chaque jour un peu plus de sa mer.
L’entreprise est structurellement stable et changeante au quotidien : le chaos des initiatives apporte la résilience globale.
Attention enfin à s’être préparé au pire et organisé sur les scénarios les plus défavorables, car, dans les tourbillons du Neuromonde, seuls les paranoïaques optimistes survivent !
(extrait des Radeaux de feu)

28 juil. 2014

COMMENT LES ENTREPRISES POURRAIENT-ELLES DIRIGÉES COMME ON RÉSOUT UNE ÉQUATION MATHÉMATIQUE ?

Le management par émergence - Best of (22/1/2014)
« Comment existerait-il une théorie et une science là où les conditions et les circonstances restent inconnues et où les forces agissantes ne sauraient être déterminées avec précision ? Quelqu’un peut-il deviner quelle sera la position de notre armée et celle de l’ennemi dans vingt-quatre heures d’ici ? (…) Où peut donc être la science là où tout est vague, où tout dépend de circonstances innombrables, dont la valeur ne saurait être calculée en vue d’une certaine minute, puisque l’instant précis de cette minute est inconnu ? » (1)
Notre monde est habité d’experts de tous poils qui, doctement, nous assènent des prévisions qui sont sans cesse démenties. Si certaines se révèlent exactes, ce n’est que le fruit de leur grand nombre : à force de tout dire et son contraire, certaines se trouvent a posteriori valides, mais comment les repérer a priori, noyées qu’elles sont dans la horde des projections de ces cartomanciens modernes.
Je vois aussi des dirigeants qui imaginent que l’incertitude qui les environnent, peut être réduite, que les erreurs faites dans les business plan témoignent de l’incurie de leurs collaborateurs, et que, face aux aléas et aux exigences sans fin croissantes des financiers, c’est dans le renforcement du contrôle et de leur pouvoir qu’ils trouveront le salut.
Voilà donc les deux soi-disant sauveurs de l’économie contemporaine et mondiale, d’un côté les gourous de la macro-économie qui, du sommet de leurs tours d’ivoire, sauraient ce qui va arriver, de l’autre, les capitaines d’industrie qui, cabrant leur monture et jouant des muscles, pourraient dompter l’immensité de leur entreprise. Comment le croire sérieusement, quand notre monde est tissé d’emboîtements se propageant sans cesse, d’incertitudes accélérant continûment, et d’émergences de propriétés nouvelles, jugées la veille inimaginables ?
Comment les entreprises pourraient-elles dirigées comme on résout une équation mathématique, alors que les mailles du Neuromonde vibrent de plus en plus globalement sous les chocs imprévus des aléas locaux, que les hommes et les femmes qui les peuplent ont des capacités élargies, et que chacun devient tête d’un réseau et générateur d’ondes nouvelles se propageant immédiatement sur toute la planète ?
Comment ne pas être pris de vertige devant les dimensions infinies de la bibliothèque de Babel qui nous fait face ? Comment ne pas se voir de plus en plus comme des fourmis de feu dépassées par la puissance de ce qu’elles ont construit, et qui, tout en les renforçant, les emporte vers des horizons inconnus ?
Aussi plutôt que de vouloir modéliser ce qui émerge, acceptons-le et apprenons à tirer parti de ces radeaux qui se construisent sans que nous sachions bien comment. Comprenons que l’ambition suppose d’abord un regard réaliste sur nos capacités, et donc la modestie d’admettre que la solution n’est ni dans la crispation, ni dans la mathématisation de ce qui ne peut pas l’être.
Voilà le défi moderne du management : dans un monde en création et transformation perpétuelles, où de nouvelles propriétés s’inventent continûment, il faut passer au management par émergence, et donner un sens au collectif en mélangeant anticipation et acceptation, leadership et lâcher-prise, soutien et découverte.

Telles les fourmis de feu qui, ayant construit un radeau qu’elles n’ont pas modélisé, ne sont pas arrêtées par les inondations, et acceptent que leur survie passe par une dérive temporaire avant de pouvoir reprendre leur marche en avant, apprenons à nous appuyer sur ce que nous ne comprenons pas, mais peut nous sauver.
(1) Léon Tolstoï, La Guerre et La Paix, Tome II, Chapitre IV, XI
(extrait des Radeaux de feu)

24 juil. 2014

PRIS DANS LES MAILLES DE NOS INTERDÉPENDANCES

Notre monde : le Neuromonde - Best of (19/12/13)
Au printemps 2010, une nouvelle défraya la chronique et fit la une de tous les journaux : un volcan au nom quasiment imprononçable – du moins pour ceux qui n’étaient pas islandais –, l'Eyjafjöll était entré en éruption. Était-ce à cause du nombre de morts qu’il avait provoqué ? Non, rien de tel. Juste des coulées de lave dans une zone quasiment désertique. Était-ce parce que cette éruption présentait des caractéristiques exceptionnelles ? Non plus, juste une éruption volcanique banale dans son déroulement.
Simplement ensuite un enchaînement malheureux et lourd de conséquences : un peu de fonte des glaces, quelques gaz volcaniques, et beaucoup de cendres expédiées dans les cieux. Là, ces dernières, poussées par des vents malicieux, deviennent un nuage qui dérive vers l’Europe continentale et se met juste sur le chemin des vols aériens internationaux. Résultat : une congestion massive du transport aérien au cœur du commerce mondial. Nous avons frisé l’embolie économique à cause de ce caillot volcanique.
Cet accident est dans son déroulement un bel exemple de l’aspect devenu réticulaire de notre monde : nous sommes pris dans nos interdépendances collectives. Le moindre phénomène peut avoir des répercussions d’un bout à l’autre de la planète. Un peu comme si nous étions pris dans une immense toile d’araignée : une vibration sur l’une des parties de la toile se propage de partout.
Interdépendance, toile, connexions. Jamais le collectif n’avait atteint cette dimension. Cette propagation peut être physique comme dans le cas du nuage de cendres islandais, mais le plus souvent, elle est informationnelle. Alors, la transmission est instantanée, car elle s’effectue à la vitesse de la lumière.
À croire que la planète est dotée d’un réseau de neurones qui soudent tous les pays. Finalement, l’image qui me vient est celle d’un Neuromonde, c’est-à-dire d’un monde parcouru constamment par des impulsions se propageant sans cesse dans ce réseau.
À côté de celui-ci, les fourmilières ne représentent rien : quelle est la puissance de trois cents millions de fourmis occupant leur super-colonie à Hokkaido au Japon, face aux milliards d’hommes en train d’être connectés ?
Au cœur de l’explosion de ces réseaux, les entreprises. À la fois moteurs de cette évolution et portées par elles, elles sont en pleine mutation : nées au temps où le monde était partitionné, où, au-delà d’une certaine taille, les coûts de pilotage et de gestion administrative étaient supérieurs aux gains, elles deviennent globales, et sont parcourues par les courants du Neuromonde. D’une certaine façon, elles en constituent l’ossature.
Avec cette intrication entre Neuromonde et méga-entreprises, les mailles des émergences, des matriochkas et de l’accroissement de l’incertitude se tricotent de plus en plus vite, de plus en plus finement, et nos radeaux de feu deviennent d’immenses vaisseaux numériques …
(extrait des Radeaux de feu)

21 juil. 2014

LES MOTS DE LA DEUXIÈME FRANCE

Kery James, un chanteur enterré vivant - Best of (15/4/14)
Hier c’étaient les mots de Georges Brassens qui m’étaient revenus pour évoquer la situation d’aujourd’hui et la montée des peurs au nom de nos racines.
Un autre poète contemporain nous parle de ces mêmes peurs. Lui n’est pas mort, et bien vivant. C’est Kery James, mais vous ne le trouverez quasiment jamais à la télévision, ni ne l’entendrez sur les ondes de la radio. A croire que, comme Brassens, il n’est plus des nôtres. Pourtant il parle de notre société et de notre difficulté à vivre ensemble. J’ai déjà évoqué sur mon blog à de multiples reprises la portée de ses mots…
En voici à nouveau quelques uns piochés dans trois de ces chansons - Lettre à la républiqueBanlieusardsÀ l’ombre du show business :
« Ce passé colonial, c'est le vôtre,
C'est vous qui avez choisi de lier votre histoire à la nôtre,
Maintenant vous devez assumer.
L'odeur du sang vous poursuit, même si vous vous parfumez,
Nous les arabes et les noirs, On n'est pas là par hasard,
Toute arrivée à son départ.
(…)
On ne s'intègre pas dans le rejet,
On ne s'intègre pas dans des ghettos français.
Parqués entre immigrés, faut être sensé,
Comment pointer du doigt le repli communautaire,
Que vous avez initié depuis les bidonvilles de Nanterre ? »
« Le 2, ce sera pour ceux qui rêvent d'une France unifiée.
Parce qu'à ce jour y'a deux France, qui peut le nier ?
Et moi je serai de la 2ème France, celle de l'insécurité, des terroristes potentiels, des assistés.
C'est c'qu'ils attendent de nous, mais j'ai d'autres projets qu'ils retiennent ça.
Je ne suis pas une victime mais un soldat.
Regarde-moi, j'suis noir et fier de l'être.
J'manie la langue de Molière, j'en maîtrise les lettres.
Français parce que la France a colonisé mes ancêtres …
Banlieusard et fier de l'être. On n'est pas condamné à l'échec !
On est condamné à réussir, à franchir les barrières, construire des carrières »
« Issu de la 2ème France j'attends encore ma 1ère chance.
Pardonne mon arrogance mais ils condamnent mon art en silence.
Pendant que je pleure, mes potes ont terminé leur dernière danse.
Alors oui, je suis poète dans le cercle des disparus. A l'ombre du show business, mon art vient de la rue …
Oh que j'aime la langue de Molière.
J'suis à fleur de mots, tu sais y'a une âme derrière ma couleur de peau,
Et si je pratique un art triste, c'est que mon cœur est une éponge. »

18 juil. 2014

INFORMATIQUEMENT MIEN

Compagnon de voyage


Compagnon de voyage, jamais mon ordinateur portable ne me quitte. D’abord PC, il s’est fait Mac…
Il est mon carnet de notes, où j’inscris en quelques mots, des traces fugaces que je réutiliserai plus tard.
Il est le manuscrit que je lis et relis sans cesse, ajoutant là, retirant ici, corrigeant ailleurs, travail toujours recommencé.
Il est l’écran où se lisent les nouvelles du monde et se regardent des films.
Il est le lien avec ceux qui sont loin, dans ce là-bas quitté pour des semaines.
Aussi est-il normal que je prenne soin de lui, et que régulièrement il soit le sujet d’une photo.
Le voilà successivement de gauche à droite, de haut en bas, sur les rives du Mékong face au Laos, sur la plage de Boracay aux Philippines, à nouveau au bord du Mékong, cette fois dans les brumes, sur la rive d’une rivière à proximité de Chiang Rai en Thaïlande, sur une plage de Varkala au Kérala, et enfin dans l’île paradisiaque de Miniloc aux Philippines.

A partir de la semaine prochaine, mon blog prend ses quartiers d'été, et comme d'habitude, diffusera des billets récents sous forme d'un best of, au rythme d'un le lundi, un le jeudi.
Retour au live au 1er septembre.
Bon été à tous mes lecteurs !

17 juil. 2014

LA FORCE DES PLACEMENTS DES PLUS GRANDES FORTUNES

Le capital du XXIe siècle (22) – Inégalités9
Pour appuyer son étude, Thomas Piketty analyse alors les performances relatives des dotations en capital des universités américaines. C’est en effet une source homogène, avec un accès à toutes leurs performances, et de taille très variée (le capital géré par les plus grandes dépasse les 10 Milliards $ et s’apparentent donc aux plus grandes fortunes, alors que celui des plus petites est en dizaines de millions).
Première conclusion : elles ont toutes globalement surperformées, puisque le rendement moyen obtenu a été de 8,2% par an entre 1980 et 2010.
Deuxième conclusion : la performance s’accroît avec la taille puisqu’elle passe de 6,2 % pour les plus petites à 10,2% pour, Harvard (30 Milliards $ de capital géré), Yale (20 Milliards $) et Princeton (plus de 15 Milliards $), et cette croissance est systématique.
Un écart de 1% peut sembler modeste, mais comme il est renouvelé chaque année, il conduit à un écart de 22% en 20 ans, et 64% en 50 ans. L’écart annuel de 4% entre les deux extrêmes revient à multiplier par plus de 2 en 20 ans, et plus de 7 en 50 ans.
D’où vient cette divergence croissante ? D’abord, de l’effet de taille qui permet d’une part de mieux amortir les frais de gestion ;
Mais surtout selon Piketty, les très grandes fortunes bénéficient des meilleurs conseils et accèdent aux meilleurs placements. Ainsi plus le capital géré par l’Université est important, plus sa stratégie de placement est diversifiée, et plus elle a accès à des placements à très haut rendement tels que les actions non cotées (private equity), fonds spéculatifs (hedge funds), produits dérivés… :  « On constate qu’ils (les placements alternatifs) représentent à peine plus de 10 % des portefeuilles pour les dotations inférieures à 50 millions d’euros, puis atteignent rapidement 25 % entre 50 et 100 millions d’euros, 35 % entre 100 et 500 millions d’euros, 45 % entre 500 millions et 1 milliard, pour finalement culminer à plus de 60 % des portefeuilles pour les dotations supérieures à 1 milliard d’euros. »
Tel est pour Piketty un des risques majeurs : voir les plus grandes fortunes progresser quasiment inexorablement à cause de cet accès réservé aux meilleurs produits financiers.
« Si l’on ajoute à cela l’inégalité du rendement du capital suivant la taille du capital initial, que la complexité croissante des marchés financiers globalisés peut avoir tendance à renforcer, on voit que tous les ingrédients sont réunis pour que la part détenue par le centile et le millime supérieurs de la hiérarchie mondiale des patrimoines dans le capital de la planète atteigne des niveaux inconnus. Il est certes difficile de dire à quel rythme se fera cette divergence. »
Dernière remarque tirée de son livre avant de conclure : la somme des actifs nets détenus par les ménages européens représentent 70 000 milliards €, soit plus de 20 fois la somme de tous les fonds souverains chinois et des réserves de la Banque de Chine. Donc pas d’inquiétude à avoir : nous ne sommes pas prêts d’être détenus par la Chine. Donc selon lui, le seul vrai risque est bien la divergence oligarchique.
(à suivre)

16 juil. 2014

LE POIDS CROISSANT DU MONDE DES MILLIARDAIRES

Le capital du XXIe siècle (21) – Inégalités8
Dernier volet de cette promenade au pays des inégalités guidé par Thomas Piketty, celui qui a trait aux plus grandes fortunes.
Premier mode d’analyse proposé, celui qui part du classement du magazine Forbes. Selon ce magazine, la part détenu par les milliardaires en dollar est passée de 0,4% du patrimoine privé mondial en 1987 à 1,5 % en 2013.
Autre façon proposée par Piketty : examiner l’évolution du patrimoine détenu par un pourcentage fixe de la population mondiale, par exemple le un vingt millionième le plus riche ou le un cent millionième. Dans le premier cas, le patrimoine moyen est passé de 1,5 Milliards $ en 1987 à 15 en 2013, soit une progression moyenne annuelle de 6,4% au-dessus de l’inflation. Dans le deuxième cas, le patrimoine moyen est passé de 3 à près 35 Milliards $, soit 6,8% au-dessus de l’inflation. Soit dans les deux cas, nettement plus que la progression annuelle du patrimoine moyen qui n’a été que 2,1%, ou encore le revenu mondial qui a été 1,4%.
Selon ses calculs, il y aurait donc bien une concentration croissante du capital : plus on est riche, plus son capital s’accroît rapidement.
(à suivre)

15 juil. 2014

HÉRITER OU TRAVAILLER ?

Le capital du XXIe siècle (20) – Inégalités7
Une autre façon d’analyser la relation entre héritage et revenu est de comparer le niveau de vie atteint par les personnes qui ont bénéficié du 1% des héritages les plus élevés, versus par les personnes qui ont atteint les 1% des emplois les mieux payés. Ou formulé plus simplement : pour être riche, vaut-il mieux hériter ou travailler ? C’est ce que Thomas Piketty appelle le dilemme de Rastignac : faut-il faire un bon mariage ou réussir professionnellement ?
Jusqu’en 1870, la réponse est sans appel : le niveau des héritiers favorisés est 2,5 fois plus élevé que celui des salariés favorisés. Donc pas de dilemme : si vous n’êtes pas un héritier et que vous êtes ambitieux, chercher la meilleure dot. Inutile de vous épuiser à faire des études.
Dès 1870, l’écart diminue et s’inverse en 1890, c’est-à-dire avant les deux guerres mondiales. Probablement l’impact de la révolution industrielle. Ainsi pendant plus de 60 ans, la réponse s’inverse : priorité à la réussite professionnelle.
A partir de 1930, et surtout de 1950, le niveau de vie des héritiers se redresse, et finalement à partir de 1970, les deux sont équilibrés : l’inégalité héritée équivaut à l’inégalité professionnelle. Thomas Piketty projette que les héritiers dans les années à venir vont dépasser les professionnels, mais à nouveau ses projections ne sont que spéculatives, et de plus l’écart est modeste.
Retenons donc en tout cas qu’en 2010, si vous êtes bien nés ou avez fait le bon mariage, cela équivaut à la meilleure réussite professionnelle.
Or comme Thomas Piketty l’indique : « Nos sociétés démocratiques s’appuient en effet sur une vision méritocratique du monde, ou tout du moins sur un espoir méritocratique, c’est-à-dire une croyance en une société où les inégalités seraient davantage fondées sur le mérite et le travail que sur la filiation et la rente. Cette croyance et cet espoir jouent un rôle tout à fait central dans la société moderne. Pour une raison simple : en démocratie, l’égalité proclamée des droits du citoyen contraste singulièrement avec l’inégalité bien réelle des conditions de vie, et pour sortir de cette contradiction il est vital de faire en sorte que les inégalités sociales découlent de principes rationnels et universels, et non de contingences arbitraires. »
Voilà bien un des défis actuels français : défendre une culture de l’entrepreneuriat et de l’innovation. Comment arriver à ne pas retomber dans une forme d’inégalité héritée ? A sa façon, le livre de Piketty apporte des éléments montrant qu’en France, pour reprendre une expression populaire, « c’est pas gagné ! ».
(à suivre)

11 juil. 2014

DRÔLES DE RENCONTRES

Au détour d’un regard attentif
Une bouteille est suspendue, accrochée, au bout de câbles qui parcourent le ciel. Elle doit se remplir doucement de ce qui coule en leur sein.
Petit à petit, à l’intérieur, le niveau monte et la bouteille se fait plus pesante.
Quand le poids devient trop important, elle commence à osciller, puis finit par tomber, tel un fruit trop mûr.
Alors le préposé aux bouteilles la ramasse, recueille le précieux fluide dont elle est garnie, puis, après être monté sur un escabeau, délicatement, il la suspend à nouveau dans le ciel.
Ainsi va la vie…
Comme un extrait de film. Quatre forts des halles se sont emparés d’un ballot gigantesque, et résolument ils avancent.
Le premier, le chef, celui qui donne le cap, porte une moustache qu’un ancien catcheur ne renierait pas.
Magie de l’Inde où les rues se font spectacle…
Dur, dur, d’être un bouddha parfaitement immobile, surtout quand un essaim d’abeilles est venu nicher dans le repli d’une manche de sa toge.
En effet, regardez bien, et vous verrez la masse compacte qui habite sa manche gauche – à droite pour vous.
Pourtant il reste serein. Sait-il que jamais elles ne le piqueront ? Ou alors son léger sourire est-il l’expression du chatouillement qu’il ressent. Allez donc savoir…

J’aime ces rencontres insolites qui surgissent continument pour peu que l’on soit suffisamment attentif à ce qui nous entoure.

10 juil. 2014

LE RETOUR DE L’HÉRITAGE

Le capital du XXIe siècle (19) – Inégalités6
Autre angle d’analyse concernant le patrimoine : celui de l’héritage. Quel est son poids ?
Je ne vais pas reprendre ici le détail des calculs de Thomas Piketty qui portent sur l’impact de l’allongement de la durée de vie, de la mortalité due aux deux guerres, du baby-boom qui en a suivi, puis du développement récent des donations.
Je vais me contenter de la synthèse qu’il en fait, c’est-à-dire de la part des patrimoines hérités dans le patrimoine total en France, et dans les ressources totales :
- Avant 1910, ils représentaient 85 à 90 % du patrimoine total, et 24% des ressources totales,
- Entre 1910 et 1970, chute rapide jusqu’à ne plus représenter que 45% du patrimoine, et 10% des ressources,
- Remontée depuis 1970 pour atteindre en 2010, 65% du patrimoine et 22% des ressources.
Ainsi la destruction engendrée par les deux guerres avait fait de la France un pays largement à reconstruire, et donc neuf en quelque sorte. Mais la reconstruction une fois faite, le poids de l’héritage est de retour.
Est-ce à dire que, comme Thomas Piketty le propose, cette part va continuer à croître dans les décennies à venir et que nous allons retrouver le pic de 1910 ? Cela dépendra des ruptures technologiques à venir et de la solidité des patrimoines actuels. Donc difficile d’être aussi affirmatif sur le futur.
Mais ce qui semble clair, est que le poids des héritages est aujourd’hui redevenu important. Ceci ne serait pas gênant si l’on pouvait compenser un handicap en patrimoine, par un avantage en revenu salarial. Malheureusement, et c’est bien un des problèmes de la société française contemporaine, l’un et l’autre ont tendance à se renforcer, l’importance des donations et le fonctionnement de l’Éducation nationale jouant de concert.
Poursuivons l’analyse de cette relation entre héritage et revenu…
(à suivre)

9 juil. 2014

UNE EUROPE DEVENUE MOINS INÉGALITAIRE EN TERME DE PATRIMOINE QUE LES ÉTATS-UNIS

Le capital du XXIe siècle (18) – Inégalités5
Passons maintenant aux inégalités de patrimoine.
Là encore, on constate en France, et plus généralement en Europe, que la période des deux guerres mondiales a fortement réduit les inégalités de patrimoine, et que depuis, peu ou prou, la situation est stable, mais toujours avec un fort niveau de concentration :
- 65% du patrimoine est détenu en 2010 par le décile supérieur, contre près de 90% en 1910 et autour de 80% pendant tout le 19ème siècle.
- 25% par le centile supérieur en 2010, contre 60% en 1910, et 45 à 50% pendant le 19ème siècle.
Une autre façon de formuler cette évolution est de dire qu’il faut dix fois plus de personnes pour obtenir le niveau de détention : 10% de la population au lieu de 1% un siècle plus tôt.
Que dire de la comparaison entre Europe et États-Unis ?
D’abord une inversion des positions : l’Europe de 1910 était nettement plus inégalitaire que les États-Unis, le décile supérieur y détenant plus de 60% des biens contre 45%. Cent ans plus tard, de partout les inégalités ont diminué,  mais nettement moins aux USA qui se retrouvent plus inégalitaires, avec 35% détenu par le décile supérieur contre 25% en Europe.
Selon Thomas Piketty, c’est cette forte réduction des inégalités, couplée avec la forte croissance qui est à l’origine de l’image si positive des Trente Glorieuses sur le vieux continent : « On a l’impression d’avoir dépassé le capitalisme, les inégalités et la société de classes du passé ».  
Et comme depuis la croissance s’est enrayée et que les inégalités ne régressent plus,  nous serions en train de vivre le temps de désillusion. Thèse intéressante et probablement pertinente…
(à suivre)

8 juil. 2014

LE MONDE DES SUPER-CADRES ANGLO-SAXONS

Le capital du XXIe siècle (17) – Inégalités4
Arrêtons-nous maintenant sur une comparaison au sein des pays développés entre les pays anglo-saxons versus les autres, car depuis les années 70, nous vivons une évolution divergente.
Du côté des pays anglo-saxons, les inégalités de revenus se creusent.
Ainsi selon les calculs de Thomas Piketty, « si l’on cumule la croissance totale de l’économie américaine au cours des trente années précédant la crise, c’est-à-dire de 1977 à 2007, alors on constate que les 10 % les plus riches se sont approprié les trois quarts de cette croissance ; à eux seuls, les 1 % les plus riches ont absorbé près de 60 % de la croissance totale du revenu national américain sur cette période ; pour les 90 % restants, le taux de croissance du revenu moyen a été ainsi réduit à moins de 0,5 % par an. »
Bien plus, c’est le millième supérieur qui a capté l’essentiel : à eux seuls, ils ont absorbé plus de 30% cette croissance. Qui sont-ils ? D’abord des cadres dirigeants, et seulement pour moins de 5%, des sportifs, acteurs ou artistes. D’où une nouvelle formule de Piketty, concernant les USA : « Les nouvelles inégalités américaines correspondent bien plus à l’avènement des « super-cadres » qu’à une société de « superstars ». »
Cette évolution, on la retrouve dans les autres pays anglo-saxons, mais deux à trois fois moins forte.
A l’inverse dans les autres pays développés, aussi bien en Europe qu’au Japon, on ne retrouve pas cette évolution : la part du centile supérieur est sensiblement stable depuis les années 70, ce qui signifie que la captation des revenus s’est fait à due proportion de sa situation antérieure. Les inégalités ne diminuent, ni se creusent.
Même remarque pour le millime supérieur. Ainsi les salaires extrêmement élevés de quelques cadres dirigeants y sont suffisamment rares pour que ceci ne se traduise pas dans les indicateurs macroéconomiques.
En résumé, dans les pays anglo-saxons, l’inégalité des revenus a retrouvé ou est en passe de retrouver les niveaux records des années 1910-1920, alors qu’en Europe continentale et au Japon, elle est beaucoup plus faible et a peu changé depuis 1945.
Ceci est bien résumé par la comparaison entre les États-Unis et l’Europe : la part du décile supérieur évolue de façon synchrone jusqu’en 1970, puis diverge. En 2010, le décile supérieur représente près de 50% des revenus aux USA, contre 35% en Europe.
(à suivre)

7 juil. 2014

D’UNE SOCIÉTÉ DE RENTIERS À UNE SOCIÉTÉ DE CADRES

Le capital du XXIe siècle (16) – Inégalités3
Que s’est-il passé selon Thomas Piketty en matière de réduction des inégalités de revenus ? Beaucoup à cause des guerres, rien à cause d’un processus structurel de compression des inégalités. Telle est une des thèses majeures de son livre : les inégalités perdurent, et même se développent comme nous le verrons plus loin.
« Dans une large mesure, la réduction des inégalités au cours du siècle écoulé est le produit chaotique des guerres, et des chocs économiques et politiques qu’elles ont provoqués, et non le produit d’une évolution graduelle, consensuelle et apaisée. Au XXe siècle, ce sont les guerres qui ont fait table rase du passé, et non la paisible rationalité démocratique ou économique. »
Cette assertion est loin de faire l’unanimité aux seins des économistes. Comme un de mes amis me disait dernièrement : « Au temps des rois, seuls les nobles pouvaient lire la nuit. Au dix-neuvième siècle, toute la bourgeoisie le pouvait. Aujourd’hui tout le monde. Belle réduction des inégalités, non ? »
Il est vrai que l’accès au confort et technologies diverses se diffuse de plus en plus…
Sans entrer dans cette polémique entre experts, force est de constater que la tranche où les revenus du capital dominent les revenus du travail ne représente de nos jours que 0,1% des revenus les plus élevés, soit cinq fois moins qu’en 1930, et dix fois moins qu’en 1910.
Mais si les inégalités liées au capital se sont réduites,  celles liées aux salaires restent, car, comme Thomas Piketty le rappelle, le salariat n’a jamais été un bloc homogène.
Thomas Piketty ramasse cela en une formule adroite : « Dans une large mesure, nous sommes passés d’une société de rentiers à une société de cadres. » Et il précise : « C’est-à-dire d’une société où le centile supérieur est massivement dominé par des rentiers (des personnes détenant un patrimoine suffisamment important pour vivre des rentes annuelles produites par ce capital) à une société où le sommet de la hiérarchie des revenus – y compris le centile supérieur – est composé très majoritairement de salariés à haut salaire, de personnes vivant du revenu de leur travail. »
(à suivre)

4 juil. 2014

TRIANGLE D’OR

Regards
Rencontres insolites en terres thaïes.
D’abord des femmes Karen dont le cou est paré d’anneaux multiples, et qui sont souvent dénommées femmes girafe.
Malaise de se sentir voyeur d’une tradition ancestrale et d’une tribu en fuite. Réfugiées pour avoir dû quitter la Birmanie voisine, les voilà quasiment parquées dans un village aux marges de la Thaïlande du nord. Les touristes – et je me trouve, que je le veuille ou non, en faire partie – défilent devant elles…
Fascination toutefois de leurs sourires et regards perdus dans des passés révolus. Question inévitable quant à comprendre comment vivre dans une telle architecture où le cou s’est glissé dans un tunnel annulaire.
Comment le cou peut-il s’insérer à l’intérieur de ces anneaux ? Souvenir d’enfance quand je me demandais comment une poire ou un bateau avaient pu se glisser dans une bouteille…

Toujours en Thaïlande, mais ambiance toute différente. Place centrale de Mae Salong, au cœur des plantations de thé. Petit village aux marges du triangle d’or, peu de tourisme. Jour de fête, 12 août, célébration de l’anniversaire de la Reine. Autre mélange.
Des enfants des écoles jouent les chants et les danses qu’ils ont appris, ce sous les yeux des parents, qui, comme de partout, sont admiratifs. Simplicité d’une scène campagnarde.
Dans un coin, un homme arbore fièrement un vêtement traditionnel. Régulièrement, Il frappe de ces cymbales, accompagnant les mouvements de la foule. Protégés derrière des lunettes de soleil d’une taille disproportionnée, il me regarde, amusé. A quoi pense-t-il ?
Le voilà dans mon montage, debout sur les côtés de cette vieille femme Karen. 

Ensemble, ils nous dévisagent, nous qui ne comprendrons jamais ce à quoi ils peuvent bien penser, eux les habitants de ces terres perdues aux frontières de la Thaïlande, de la Birmanie et du Laos…

3 juil. 2014

DES POPULATIONS QUI PARTAGENT LE MÊME TERRITOIRE, MAIS N’ONT PAS LES MÊMES PRÉOCCUPATIONS

Le capital du XXIe siècle (15) – Inégalités2
Résumons en simplifiant la structure du capital telle qu’elle se présente dans un pays développé moyen, c’est-à-dire peu ou prou comme la France.
La première moitié de la population est locataire et n’a pour actif que ce qu’elle met dans l’appartement et dans quoi elle roule.
Puis à partir des patrimoines autour de 100 000€, commence le monde des propriétaires immobiliers, et le poids de cet investissement représente d’abord la totalité, et encore l’essentiel de leur patrimoine, ce jusqu’à 1M€, c’est-à-dire quand on atteint les derniers pourcentages de la population.
Au-delà, pour le dernier %, le poids de l’immobilier baisse, et nous entrons dans le monde des actifs financiers et professionnels, actifs qui deviennent dominants quand on dépasse les 2 M€.
Enfin après 20 M€, l’immobilier devient marginal.
Une autre façon de formuler cela, serait de dire :
- La moitié de la population est préoccupée par le niveau des loyers, et épargne pour meubler son appartement et acheter sa voiture. Aucun capital, uniquement des revenus, donc une très grande sensibilité à toute évolution des conditions de travail, ainsi que des loyers qui constituent une part essentielle des dépenses contraintes (plus de 20% aujourd’hui en France).
- 45% sont préoccupés par la valeur de l’immobilier qui constitue l’essentiel de ses actifs. La chute de la bourse et des placements financiers aura un impact sur leur capital, mais de deuxième ordre par rapport à l’évolution de l’immobilier. Une fois les emprunts remboursés, et si aucun nouveau projet d’agrandissement immobilier n’est nécessaire, une variation des revenus peut être amortie.
- 5% sont d’abord préoccupés par la bourse et le développement de leurs propres affaires, l’évolution de l’immobilier devenant de plus en plus indifférente au fur et à mesure que la fortune s’accroît. Pour les plus riches, une chute de l’immobilier n’aura finalement qu’un impact marginal sur le capital, ce qui n’est pas le cas de la bourse et de l’activité économique. Leur revenu direct du travail qui a aussi explosé, garde un impact, mais une variation peut être amortie par le capital accumulé.
Donc des divergences potentielles importantes entre les plus pauvres, les classes moyennes, les classes supérieures, et les dirigeants. Pas très étonnant qu’il soit difficile de diriger un pays et de construire des solidarités collectives.
Ces différences sont-elles différentes de celles des siècles précédents ?
(à suivre)

2 juil. 2014

D’ABORD RIEN OU PRESQUE, PUIS L’IMMOBILIER, LES ACTIFS FINANCIERS TOUT EN HAUT…

Le capital du XXIe siècle (14) – Inégalités1
Nous en arrivons donc au thème des inégalités, celui dont on a le plus parlé au sujet du livre de Thomas Piketty, Le capital du XXIe siècle.
Première observation de Thomas Piketty, les inégalités face au capital sont toujours plus fortes que face au revenu :
« Pour donner un premier ordre de grandeur, la part des 10 % des personnes recevant le revenu du travail le plus élevé est généralement de l’ordre de 25 %-30 % du total des revenus du travail, alors que la part des 10 % des personnes détenant le patrimoine le plus élevé est toujours supérieure à 50 % du total des patrimoines, et monte parfois jusqu’à 90 % dans certaines sociétés.
De façon peut-être plus parlante encore, les 50 % des personnes les moins bien payées reçoivent toujours une part non négligeable du total des revenus du travail (généralement entre un quart et un tiers, approximativement autant que les 10 % les mieux payés), alors que les 50 % des personnes les plus pauvres en patrimoine ne possèdent jamais rien – ou presque rien (toujours moins de 10 % du patrimoine total, et généralement moins de 5 %, soit dix fois moins que les 10 % les plus fortunés). »
Ainsi la moitié inférieure de la société ne posséderait que sa force de travail, et n’aurait accumulé aucun capital.
Une autre différence importante, cette fois à l’intérieur du capital, est la différence de sa composition en fonction de sa taille. Aujourd’hui, dans nos sociétés développées, le patrimoine net moyen est d’environ 200 000 € par adulte, et il est composé pour 2/3 par de l’immobilier, et 1/3 par des actifs financiers et professionnels.
Que devient cette répartition si on analyse par niveau de richesse ?
Les plus pauvres qui représentent 50% de la population ne détiennent que 5% du capital total, et pour eux le patrimoine moyen par adulte n’est que 20 000 €. Le plus souvent, ce sont des locataires, et leur patrimoine est composé de biens durables comme du mobilier ou une automobile. La part supérieure peut être propriétaire de son appartement, mais il est grevé des emprunts restant à rembourser, d’où un actif net modeste.
Les 40% suivants qui détiennent 35% du capital total, ont un actif moyen de 175 000 €. C’est au sein de cette tranche qu’apparaissent les premiers réels actifs financiers et économiques : quand le patrimoine dépasse les 300 000 €, l’immobilier représente encore l’essentiel, mais le patrimoine financier devient significatif, surtout quand les emprunts ont fini d’être remboursés.
Venons en maintenant aux 10% les plus favorisés. Leur patrimoine moyen est de 1,2 M€. Zoomons au sein de cette tranche.
Les premiers 9% ont un patrimoine de 900 000 €, versus 5M€ pour le 1% du haut. Ils sont tous propriétaires de leur appartement. Mais alors que les actifs immobiliers représentent de la moitié aux trois-quarts du patrimoine des premiers 9%, pour le décile supérieur, ce sont les actifs financiers et professionnels qui dominent : « Entre 2 et 5 millions d’euros, la part de l’immobilier est inférieure à un tiers ; au-delà de 5 millions d’euros, elle tombe au-dessous de 20 % ; au-delà de 20 millions d’euros, elle est inférieure à 10 %, et les actions et parts constituent la quasi-totalité du patrimoine. »
(à suivre)

1 juil. 2014

ATTENTION AUX EXTRAPOLATIONS RAPIDES…

Le capital du XXIe siècle (13) – Rentabilité du capital6
Que retenir de cette promenade au sein de l’évolution du capital ?
En premier, et surtout, cette transformation de la structure du capital – l’immobilier à la place des terres agricoles, des échanges internationaux développés mais équilibrés –, et la reconstruction du capital depuis les années 50 qui se retrouve à nouveau représentant 6 années de revenus.
Par contre, – et je ne suis pas le seul ! –, je reste sceptique sur tout approche trop mathématique et simplificatrice des évolutions. D’ailleurs Thomas Piketty lui-même nous alertait là-dessus (voir « Un économiste qui se méfie des mathématiques »). Il me donne l’impression de tomber parfois lui-même dans ce piège… Notamment son application de la formule β = s/ g me semble trop systématique.
De même son affirmation que la rentabilité du capital ne peut pas descendre en-dessous des 3-4% constaté actuellement, ne me convainc pas… mais peut-être ai-je tort !
Ce n’est pas parce qu’un phénomène a été observé dans le passé, qu’il doit continuer nécessairement à perdurer.
Notamment la globalisation des échanges et la convergence mondiale progressive des niveaux de vie moyens changent la donne : il va être de plus en plus difficile de trouver des opportunités de placement dégageant de telles rentabilités, surtout quand la croissance mondiale baisse.
Et quand des ruptures technologiques surgissent, certes elles ouvrent de nouvelles opportunités pour la rentabilité du capital, mais symétriquement elles détruisent la valeur d’anciens placements. Alors…
Donc en résumé, la solidité de sa réflexion prospective sur le rapport capital et revenu est moins forte que celle sur la croissance (cf. mes articles précédents), et que celle sur les inégalités que nous allons aborder maintenant.
(à suivre)
 
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